Le slogan phare du futur président Sarkozy a fait, visiblement, mouche. À l'époque, personne ne contestait cette idée sur le fond, ceux qui veulent travailler plus devaient pouvoir le faire et être récompensé de leur zèle à servir leur entreprises. Quelle belle utopie ! On dirait du Thomas More en version libérale (l'entreprise remplaçant l'État). Aujourd'hui, les résultats de la loi créée à partir de la phrase d'accroche se font attendre. Cependant, est-ce la bonne solution ? La question n'a pas été, à mon sens, suffisamment posée.
Rappelez-vous, il y a un an on nous a offert un magnifique baratin. Grâce à l'opposition entre la "France qui se lève tôt" et celle des "fraudeurs" on nous répéta à qui mieu-mieu que, en substance, les français n'étaient pas assez bosseurs et que c'est là qu'on trouverait la source de tous les problèmes français. Dans le collimateur, la loi des 35 heures que "personne ne nous a piqué !". En voilà un bon argument : si la France décline peu à peu c'est de la faute à Martine Aubry et à sa loi réduisant le temps de travail ! Sur fond de recherche de pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy a trouvé LA proposition qui marche. Allez travailler et vous gagnerez des sous.
Malheureusement tout n'est pas aussi simple. Il se trouve que le constat de départ est faux. La France n'a pas un problème parce qu'elle ne travaille pas assez. Selon un rapport du BIT, en 2006, les français arrivent en troisième position en ce qui concerne la productivité par heures travaillées avec en moyenne 35,08$/heures (plus de 22€/heures). Seules de nations productrices de pétrole (ça aide) nous devancent : la Norvège (37,99$/heures soit 24€) et les États-Unis (35,63$/heures soit 22,50€). Pis, il faudrait 5 millions de travailleurs en plus en France pour produire notre PIB si nous avions la productivité des japonais ou des britanniques. L'affreux gauchiste ayant effectué ce calcul n'est autre que Jacques Marseille s'exprimant dans le quotidien de référence de la gauche, Le Figaro. Plus sérieusement, il semble donc ridicule de demander aux français de travailler plus avec un taux de chômage (ayant un décompte très sélectif) avoisinant les 9%.
De plus, faut-il rappeler que les heures supplémentaires ne dépendent pas de la volonté du salarié, mais plutôt des besoins de l'entreprise. Si un employé veut travailler plus pour mieux joindre les deux bouts mais que l'entreprise qui l'emploie n'a pas de commande ou n'a pas un besoin d'augmentation de la production... il sera dur de travailler plus. D'ailleurs, actuellement, le gros des nouvelles heures supplémentaires ne sont que d'anciennes heures supplémentaires déclarées dorénavant. Contrairement à ce que veulent faire croire certains, ce n'est pas parce que sont arrivées les 35 heures que les français bossent moins. La Réduction du Temps de Travail signifie que, à partir de la nouvelle limite (35 heures en France), les heures effectuées sont des heures sup' mieux rémunérées. Si les socialistes ont lancés cette idée ce n'était pas pour donner du pouvoir d'achat aux français mais pour combattre le chômage. Si cette solution est intéressante, du fait d'erreurs (les subventions aux entreprises n'étaient pas données qu'en cas de créations d'emplois) elle ne put aboutir qu'à la création d'environs 300 000 emplois. Ce demi-échec peut être imputé au gouvernement mais aussi aux entreprises qui n'ont clairement pas joué le jeu.
Enfin, cette nouvelle mesure est très désavantageuse pour les chômeurs. Vous êtes entrepreneur, vous pouvez embaucher et payer des charges ou utiliser les heures supplémentaires déduites de charges, quelle solution choisissez-vous ? À moins d'être profondément philanthrope et de penser au chômeur, vous risquez de choisir la deuxième solution. Ce raisonnement touche donc à plusieurs pôles de la précarité en France. Les vieux (ce qu'il convient de nommer "senior") comme les jeunes risquent de devenir des variables d'ajustement. Que faire pour les emplois précaires (CDD, temps partiels, ...) ? Dans un article assez complet du Hors-Série du deuxième trimestre 2008 d'Alternatives Économiques, on peut voir un paradoxe : ceux qui sont amenés à êtres lésés du système "Travailler plus pour Gagner plus" sont ceux qui en ont le plus besoin !
Il semble donc que, en dépit du tapage et de l'évidence de cette mesure, le "Travailler plus pour gagner plus" ne soit qu'un gadget permettant au gouvernement de faire croire qu'il oeuvre pour trouver du pouvoir d'achat aux français. Le pire est finalement le fait que ce slogan se soit bâtit sur un mensonge ("les français ne travaillent pas assez") et qu'il ne serve, en définitive, qu'à diviser la population en deux clans bien distincts : ceux qui travaillent dès le petit matin et les boucs émissaires, ceux qui flemmardent et qui font la grève. Il est vrai que Nicolas Sarkozy est hautement plus habile dans l'art de diviser que de rassembler les français, mais ça, c'est un autre sujet...